Bonjour Nicolas(*), peux-tu nous présenter le métier que tu exerces ?

Je suis dans la santé biomédicale, je ne suis pas un soignant, je travaille dans les structures de santé comme les laboratoires, concepteurs d’instruments médicaux.
J’étais un technicien, et suis maintenant responsable technique (management, responsabilités, support technique…) dans la technique biomédicale.

Qu’est-ce qui t’a motivé à emprunter cette voie? Quelles étaient tes ambitions ?

J’ai découvert cette voie médicale lors d’un stage, et j’ai apprécié le confort et la mécanique de pointe, la belle technologie et l’argent investi dans ce métier. J’aime la minutie et la technologie complète des appareils médicaux (électronique, mécanique…)

J’avais pour ambition simple de m’épanouir dans mon métier avec mon bagage d’études, en intégrant une structure intéressante, les services hospitaliers et les grands groupes qui font de la robotique.

Qu’aimes-tu dans ce métier, qui te rend heureux de l’avoir choisi?

J’ai encore la chance de travailler dans des grosses boîtes, d’avoir un bon salaire et une situation confortable, je ne peux pas m’en plaindre.
Mais je ne me reconnais plus vraiment dans ce métier.

Quelles sont les difficultés que tu rencontres dans ton quotidien? Connais-tu des désillusions?

J’ai travaillé plusieurs années dans une boite qui rachetait des équipements médicaux de seconde main en Europe pour les revendre ensuite hors de l‘Union Européenne.

On encense notre société comme étant moderne et avec la meilleure santé de tous les temps, mais on n’a jamais autant racheté de machines que depuis que des lois sont passées pour les changer après un certain nombre d’années ou d’heures d’utilisations, ou de non-utilisation d’ailleurs, ce qui leur valait une réforme automatique.

J’ai fait le constat que je pouvais rapidement remplir un dépôt de 2500 mètres carrés, et je ne savais plus où mettre les machines, je recevais des semi-remorques de matériel médical, et parmi ces matériaux, je recevais énormément de générateurs de dialyse, car il y a énormément de centres de dialyse, c’est extrêmement lucratif, à tel point que je me suis posé des questions sur les intérêts de ces centres.

On maintient les gens dans un état sans les soigner, c’est la médecine actuelle. La chimie permet de pallier rapidement à un souci, cela a une certaine forme d’efficacité, mais ça ne règle pas l’origine du problème. C’est la médecine moderne, on pratique même de nombreuses ablations chirurgicales sans vraiment se pencher sur l’origine du dysfonctionnement de ces organes, quitte à les remplacer ensuite par des machines.

Le constat s’étend à tous les domaines, même dans l’alimentaire : on ne nous apprend pas à prendre soin de nous, à consommer les aliments qui nous préserveront de toutes ces maladies.
J’ouvre les yeux sur ce que ce monde technologique apporte, ou non, dans le médical, et je constate que l’on ne change pas et que l’on s’enferme dans le palliatif, et les machines, donc la perte de l’utilité de l’être humain. C’est une désillusion qui reflète aussi la société en général, d’ailleurs.

Je ne suis plus en phase avec la médecine actuelle, je pense que l’on pourrait se passer d’une majorité des acteurs du médical actuellement si l’on empruntait la bonne voie, celle de la prévention.
C’est un triste constat que je fais de l’industrie pharmaceutique : un patient guéri est un client perdu. Et dès que les intérêts financiers entrent en jeu, l’intérêt humain disparaît.

Que penses-tu qui pourrait être fait pour y remédier ?

Il faudrait tout changer. Le système est bancal, et ne prend pas la bonne direction, et mes déboires et désillusions y sont liés.
J’essaie d’apporter ce que je peux apporter à mon niveau, en employant mes propres moyens pour aider à changer les choses. J’ai appris à faire de la santé naturelle pour aider les gens d’une autre manière (yoga, hygiénisme) mais j’ai dû arrêter car la réalité nous rattrape parfois, pour diverses raisons.

Quel est ton ressenti actuel concernant ton métier ?

C’est un métier qui est utile à l’heure actuelle car les gens ont décidé de ne pas prendre soin d’eux, de ne pas chercher à s’informer des voies préventives et d’action sur leur hygiène de vie, ils préfèrent suivre l’autorité en terme de santé, mais je reconnais que, même si je me tire une balle dans le pied en disant cela, je préférerais que mon métier ne soit plus utile pour laisser place à une meilleure santé générale.

Que dirais-tu à l’enfant que tu étais, si tu te trouvais face à lui?

Ouvre les yeux, ça va souffler fort dans le futur, sois résilient, ne crois pas tout ce que l’on te dit, et quoique tu fasses comme métier, aies suffisamment de recul pour le remettre en question, autant ton métier que toi-même d’ailleurs.

Quel message souhaites-tu transmettre à ceux qui te lisent ?

Exactement le même message que je me serais transmis, ou que je transmettrai à mes enfants.

Ne jamais faire confiance, toujours remettre en question soi-même, et ce que l’on nous dit. Rien que cela, si l’on prenait du recul, je pense que le monde serait déjà bien différent. Il suffit parfois d’ouvrir les yeux pour voir ce qui est devant soi, et d’étudier pour s’en convaincre.

Un immense merci à toi Nicolas(*) !

(*) nom d’emprunt

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