Bonjour Jean-Michel(*), peux-tu nous présenter le métier que tu as exercé ?

Je suis désormais à la retraite, mais j’étais agriculteur. J’ai fait de l’élevage ovin pendant plusieurs années, avant de ne passer qu’à la polyculture en Picardie, la seconde région de France où l’on produit le plus de pommes de terre et de betteraves.

Pourquoi as-tu souhaité devenir agriculteur, et quelles étaient tes ambitions ?

J’ai grandi dans une ferme, et j’aimais l’ambiance et la vie de la ferme. L’élevage, les cultures, traire, engraisser, produire de la nourriture, la vendre sur les marchés, entretenir tout cela…

Mes ambitions étaient simples : faire le métier que j’aime et gagner ma vie.

Qu’aimais tu dans ce métier, qu’est-ce qui te rendait heureux de l’avoir choisir ?

Quand j’étais éleveur, ce que je préférais, c’était les agnelages : assister à la naissance des agneaux.

Concernant la polyculture, j’aimais le fait de pouvoir conduire une culture de son semis, jusqu’à sa récolte. Viser l’optimum, sans prendre en considération le point de vue financier, mais simplement faire la meilleure production possible en jugulant tous les aléas, dont ceux climatiques. Des défis à relever chaque année sans que ne soit jamais pareil !

Quelles sont les difficultés que tu as pu rencontrer dans ton quotidien ?

Le sentiment, qui s’est généralisé, que l’on devait toujours produire plus, pour gagner moins…

Mais aussi la mauvaise image de marque que l’on a fait dégager du monde paysan, l’opinion publique.

Que penses tu qu’il devrait être fait pour remédier à tout cela ?

En France, on dit souhaiter la biodiversité, mais on l’a perdue en poussant toujours davantage à de plus grosses exploitations. Avant, il existait de nombreuses petites fermes qui alliaient l’élevage aux cultures, mais on a perdu la quasi totalité de ces fermes.

Par ailleurs, il faudrait rouvrir les échanges internationaux. Je vais donner l’exemple du sucre, que je produisais avec les cultures de betteraves : il nous est interdit d’exporter le sucre que nous produisons hors d’Europe. Pourtant, il est autorisé d’importer du sucre de l’international.

On devrait avant tout produire et consommer en France, avant d’exporter ou d’importer à tout va, viande incluse.

Il faudrait agir en politique, que les médias diffusent intelligemment les informations, que l’on revoit toutes les règles imposées, et que le gouvernement rende des comptes. Aujourd’hui, on doit tout bien faire, et l’on doit encore s’en justifier constamment. Ce sont les répercussions de cette administration.

Quel est ton ressenti actuel concernant le métier d’agriculteur ?

Des craintes : jusqu’où va nous mener cette course à l’agrandissement ? Toujours plus…

Quant à cette hyperspécialisation… il vaudrait mieux s’adapter au terroir, plutôt que de tout standardiser.

Nous sommes en train de nous faire avaler par des pays extérieurs, Etats-Unis et Russie pour ne citer qu’eux. Imaginez, quel pouvoir l’on possède lorsque l’on a la main-mise sur la nourriture… si nous perdons, en France, nos producteurs et nos productions, imaginez simplement de qui, ou de quoi, nous dépendrons…

Que dirais-tu au petit garçon que tu étais, si tu te trouvais face à lui ?

Qu’il faut y aller quand même ! C’est une passion, ne rien lâcher !

Quel message souhaites-tu transmettre à ceux qui te lisent ?

N’écoutez pas « les autres ». Il faut s’écouter soi-même, et faire ce que l’on a envie de faire, ce qui nous plaît, sans geindre.

Merci beaucoup Jean-Michel (*) !!

(*) nom d’emprunt.

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